Le Bio au jardin

Le chef-jardinier de Villandry, Laurent Portuguez, n’a eu qu’un souhait depuis son arrivée en 2009 : passer les splendides jardins de Villandry au « bio ». Dans un premier temps, les efforts se sont concentrés sur le potager où les méthodes de travail ont été entièrement repensées, avec une devise : « observer pour prévenir, prévenir pour éviter les traitements chimiques». Pour l’équipe de jardiniers, l’enjeu est donc de taille : outre une nouvelle organisation du travail, certains outils sont entrés dans les ateliers et surtout chacun doit s’appliquer à surveiller l’ensemble des plantations afin de prévenir toute attaque. Arrêt des insecticides chimiques, fongicides naturels, fertilisation organique, désherbage sont autant d’exemples concrets de ce qui a été mis en place depuis 2009 dans les jardins.

Arrêt des insecticides chimiques

Les insecticides ont été supprimés sur la totalité des jardins. Ils ont été remplacés par des auxiliaires soit parasitoïdes, soit prédateurs, soit par des nématodes, prédateurs des larves diptères (mouches, etc.).
Des auxiliaires indigènes prédateurs de l’acarien du tilleul ont par exemple été introduits, suivant les préconisations du CETU Innophyt spécialisé dans la lutte biologique contre l’acarien du tilleul, afin de lutter contre ces acariens responsables de la décoloration et de la chute des feuilles des tilleuls des jardins de Villandry. La présence de cet auxiliaire est contrôlé afin qu’il s’installe définitivement.
Enfin, depuis l’arrêt des insecticides chimiques, des insectes se sont réinstallés dans le potager, et beaucoup d’ennemis naturels des pucerons ou des mouches du choux (les syrphes, les chrysopes, les hyménoptères parasitoïdes) sont présents et mènent d’eux-mêmes la contre-attaque.
D’autre part, 4 ruches ont trouvé leur place sur les terrasses sud des jardins dès le printemps 2010.

Les fongicides naturels

En parallèle, on lutte contre les maladies du feuillage causées par des champignons sans molécule de synthèse : en stimulant les défenses naturelles des rosiers, de la vigne, des fruitiers avec des traitements à base d’éléments minéraux, des oligo-éléments, des huiles essentielles, des purins et décoctions pour fortifier la plante et l’aider à résister aux maladies. Seuls les buis nécessitent un traitement fongicide chimique pour lutter contre les maladies éventuelles, aucune alternative biologique n’existant actuellement.

La fertilisation organique

La fertilisation chimique a été supprimée. Elle est remplacée par une fertilisation organique, dispensée sous forme de compost en granules différenciées : apport d’azote, phosphore et potasse. Ce sont tous des engrais utilisables en agriculture biologique qui nécessitent plusieurs passages ciblés si la qualité du sol et son éventuel appauvrissement le nécessitent.
La suppression de la fertilisation chimique a été accompagnée de plusieurs changements :

  • Changements des pratiques culturales : passage du bêchage à la grelinette (bêche à plusieurs dents – voir photo ci-contre) qui préserve l’activité microbienne contenue dans les 10 à 15 premiers centimètres du sol. Elle évite, contrairement à une bêche classique, d’enfouir cette vie microscopique à 30cm de la surface. D’autre part, le binage est plus fréquent afin de rendre plus efficace l’arrosage.
  • Changements de plants : introduction de plants, de semences et de terreau certifiés « Agriculture biologique ». Ainsi les deux cultures de printemps et d’été sont désormais biologiques à 100%…

Le désherbage

Pour le désherbage le glyphosate et autre anti-germinatif ne sont plus utilisés. L’ensemble du site est nettoyé à l’ancienne avec des outils comme la poussette et le paroir… et la patience des jardiniers !
Pour les pelouses, la « scarification », qui permet d’enlever le surplus de gazon, et l’utilisation de verti-drain (aération du sol), a conduit à embellir sans traitement les gazons et à fortifier leur repousse.
La gestion des déchets verts est quant à elle sous-traitée à une entreprise spécialisée qui possède une plateforme de compostage.